La grande sentinelle

La grande sentinelle

La grande sentinelle

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, la côte catalane vivait en état d’alerte permanente face aux incursions de pirates venus d’Afrique du Nord et d’autres secteurs du littoral européen. En réponse, un réseau de tours de guet et de défense fut déployé le long de la côte, construites pour surveiller la mer, alerter la population et offrir une résistance armée. Parmi ces constructions se distinguait la Tour Neuve de Salou (Torre Nova de Salou).

En 1666, les autorités locales entreprirent des démarches auprès de la Cour afin d’obtenir l’autorisation royale de construire une tour dans le port de Salou. La nécessité de cette fortification s’expliquait par les fréquents débarquements de pirates dans cette portion du littoral, au cours desquels des personnes travaillant dans les champs étaient capturées et les embarcations de pêche et de commerce maritime attaquées. La situation était si grave que de nombreux habitants craignaient de cultiver les terres proches de la mer, laissant de nombreux champs en friche, ce qui entraînait un dépeuplement progressif de la zone.

Le 21 octobre 1666, la reine ordonna au capitaine général de Catalogne d’accorder l’autorisation pour la construction d’une tour dans le port de Salou. Le 10 décembre de la même année, la licence fut officiellement notifiée par le roi Charles II. L’ordre précisait que les frais de construction ainsi que l’artillerie nécessaire à la défense du territoire seraient à la charge des constructeurs locaux et des villages concernés.

Pour financer les travaux, on utilisa les fonds recueillis grâce à une contribution volontaire mise en place entre les villages et les villes du Camp de Tarragona. À la fin de l’année 1679, les travaux étaient interrompus, ce qui obligea le roi à intervenir de nouveau. Le 5 décembre 1679, un décret royal fut émis exigeant la reprise des travaux et la remise d’un rapport détaillé sur l’état de la construction et sur les besoins défensifs de la côte.

Le rapport fut confié à l’ingénieur Jerònim Rinaldi (Milan, XVIIe siècle – Catalogne, 1681). Celui‑ci y indiquait que la tour mesurait environ quarante‑cinq pams de hauteur, mais que la construction avait été interrompue en raison de la grave crise économique du moment. Il signalait également qu’aucun personnel n’était affecté à la tour. Rinaldi soulignait la grande importance stratégique du port de Salou, qu’il considérait comme l’un des plus importants de la côte, puisqu’il offrait refuge à de nombreuses embarcations en cas de tempête ; toutefois, sans une défense adéquate, il pouvait devenir un point vulnérable face aux ennemis et aux pirates.

Le bâtiment qui subsista jusqu’au XXe siècle présentait un plan hexagonal, avec un glacis extérieur renforçant sa résistance aux attaques. L’intérieur était organisé sur plusieurs niveaux : au rez‑de‑chaussée se trouvaient une citerne destinée au stockage de l’eau et un espace pour loger les soldats ; à l’étage supérieur, une salle de commandement, un magasin à poudre et une petite plateforme d’artillerie sur la toiture. Au pied de la tour, une batterie équipée de quatre canons fut aménagée au XVIIIe siècle, permettant de couvrir les environs immédiats en cas de débarquement ennemi.

La Tour Neuve fut démolie dans les années 1960 en raison de son mauvais état de conservation, conséquence de graves problèmes structurels.

 

Pour en savoir plus

Otiña Hermoso, Pedro (2018) : « Pirates i corsaris al Cap de Salou: com si estiguessin en lo moll d’Alger ». In Cultura i Paisatge a la ruta del Cister, nº 11 (2018), p. 50‑57. [lire l’article]

Otiña Hermoso, Pedro (2016) : Pirates i corsaris. Els atacs contra Vila-seca i la costa del Camp de Tarragona. Agrupació Cultural de Vila‑seca. Vila‑seca.